Sur le modèle Châtellerault Crosse, on retrouve la marque des couteliers châtelleraudais, fabricants de couteaux solides mais raffinés, destinés aussi bien à un usage pacifique qu’utilisés comme arme de défense. Leur garniture à oreilles servait de garde (un décor dit à moustaches), leur culot de poucette. Tout comme à Langres ou à Nogent, l’indivision du travail y était la règle jusqu’aux années 1830 ou 40, date du départ des derniers ouvriers pour la grande Manufacture d’armes de la région. Seule la création à partir de 1840 d’usines de coutellerie, notamment celle de Camille Pagé, auteur de l’ouvrage de référence « La coutellerie des origines à nos jours », a permis à Châtellerault de conserver sa coutellerie tout au long du XIXe. Les pièces d’alors ont une réputation de belle qualité, d’être parfaitement ajustées et sont d’une grande inventivité et particularité de formes, agrémentées de mécanismes variés. Ce modèle est muni d’un mécanisme à cran d’arrêt à pompe avant assez complexe à mettre en œuvre sur un couteau de manche aussi étroit. Mais les couteliers de Châtellerault, souvent formés à l’école de l’armurerie, savaient, comme on peut le constater, résoudre ce genre de problèmes avec une certaine élégance.