A chacune des fois que nous choisissons de rééditer un couteau ancien, nous essayons, dans la mesure du possible, de reproduire les façons de faire de l’époque. Ainsi le couteau une fois fabriqué est tel qu’on aurait pu le trouver dans l’échoppe d’un coutelier de Langres ou Nogent, ou à la vitrine d’une grande coutellerie parisienne du XVIIIe et du XIXe siècle. Il ne s’agit pas pour autant de répliques exactes puisque nous y ajoutons notre patte ainsi que nos tours de main personnels. Nous avons dessiné cette pièce en restant le plus proche possible de l’esprit frivole et chaleureux du XVIIIe siècle. Nous avons voulu un couteau fonctionnel, à une lame, que l’on emmènerait partout, mais dont le raffinement, la richesse de la garniture et l’élégance des lignes témoigneraient de la sûreté de goût de son possesseur, bref un couteau de belle lignée dont la qualité de fabrication relèverait de la "clincaillerie fine" tel que l’entendaient les maîtres couteliers de Langres et de Nogent à l’époque. Nous avons pris, pour ce faire, pour base de travail un type de garniture dit "à la tartare" ce qui implique l’utilisation de demi coquilles ciselées à chacune des extrémités du couteau, reliées par deux filets d’argent longitudinaux avec rosettes intermédiaires. C’est donc en restant à l’intérieur de ce cadre que nous avons travaillé, comme l’aurait fait un maître coutelier sous l’ancien régime pour la commande d’un riche bourgeois ou d’un aristocrate. On peut même aller plus loin en situant ce modèle dans la première moitié du XVIIIe où, après les guerres onéreuses de son arrière-grand-père, Louis XV ouvre la société au commerce et aux industries nouvelles. Les lois sévères et le rigorisme cèdent alors le pas aux plaisirs, et l’on est tout à la joie de vivre sans contraintes, l’esprit tourné vers la recherche du plaisir et du beau. Les repas sont alors l’occasion de réunir dans une intimité précieuse quelques amis et de sortir de la poche de son gilet, sans en avoir l’air, sa dernière acquisition. Mais tout ceci n’est que pure imagination, bien entendu…